LIN Yen-Feng
Titre provisoire de la thèse : « Contemporanéité, énonciation lyrique et écriture du réel : de Michelet à Rimbaud »
Inscription en thèse : 26/11/2024
Sous la direction de Judith Wulf
Cette thèse met en dialogue deux figures littéraires de la deuxième moitié du XIXe siècle, un historien, Jules Michelet, et un poète, Arthur Rimbaud. Elle interroge la manière dont des crises historiques, politiques et personnelles ont influencé le geste critique d’une écriture du réel.
Pour Michelet, nous étudions sa réaction à la répression qu’il subit sous le Second Empire. Éloigné de Paris pour des raisons économiques, se vivant comme un « exilé de l’intérieur », l’historien se met en retrait d’une histoire nationale à laquelle il a longtemps contribué. Pour Rimbaud, nous explorons le lent glissement de la poésie à la prose après l’échec de la Commune. Depuis le Bateau ivre jusqu’aux Illuminations, Rimbaud lie le sort de la poésie au destin de l’insurrection communarde.
Le choix du corpus vise donc à faire apparaître la diachronie de deux parcours de vie en transition : chez Michelet, le passage de l’histoire à l’histoire naturelle permet un changement de perspective sur la société humaine ; chez Rimbaud, le passage de la poésie à la prose, jusqu’au renoncement à l’écriture, se fait projection hors du livre, vers le monde naturel. Ces deux cas de mutation dans l’écriture du réel, en apparence très différents, se rejoignent en fait dans une nouvelle forme d’énonciation lyrique. Cette énonciation place l’écriture dans une temporalité intempestive : elle met en voix un corps humain à l’intérieur d’un monde, d’une société et d’une nature dont il fait l’épreuve (soit à temps, soit à contretemps).
Le rapport entre écriture du réel, contexte socio-historique et temporalité intempestive suppose d’envisager Michelet et Rimbaud dans leur contemporanéité, c’est-à-dire dans leur manière de faire corps avec leur époque. Qu’est-ce qui réunit Michelet et Rimbaud au-delà de leur coexistence chronologique dans le contexte culturel et politique du XIXe siècle français ? Comment leurs écrits modifient-ils la frontière classique établie entre histoire et poésie ? Comment l’énonciation lyrique leur permet-elle de transformer la vision que leurs contemporains peuvent avoir du monde ? Ce sont ces questions que nous explorons dans un double corpus composé entre 1856 et 1874.