Journée d’étude "Le « moment » autothéorique ? Enjeux institutionnels de l’essor d’une notion"


Journée d’étude "Le « moment » autothéorique ? Enjeux institutionnels de l’essor d’une notion"

Vendredi 06 février 2026, 14:30-19:30

Maison de la Recherche de la Sorbonne Nouvelle, salle du Conseil
4, rue des Irlandais Paris 5ème

Forme hybride qui articule en un dialogue expérimental expérience personnelle et élaboration théorique, l’autothéorie suscite de plus en plus d’intérêt. Elle relève fréquemment d’une écriture engagée, notamment en raison de son inscription dans le récit d’expériences minoritaires ou rendues invisibles, ainsi que dans les pensées queer et féministes.

Cet essor se manifeste aussi bien dans la multiplication de publications littéraires et théoriques adoptant une forme autothéorique, comme en témoignent les ouvrages récents de Lucile Novat, Hélène Giannecchini, Romain Huet, Rose-Marie Lagrave, Irène Théry, Claire Richard, Gwénaëlle Aubry et Romain Noël, que dans l’apparition de succès éditoriaux majeurs (Maggie Nelson avec Les Argonautes, Neige Sinno avec Triste Tigre, Adèle Yon avec Mon vrai nom est Elisabeth).

Parallèlement, la sphère académique connaît depuis le début des années 2020 une reprise critique de ce phénomène, à travers plusieurs publications consacrées à l’autothéorie (Lauren Fournier, Autotheory as Feminist Practice in Art, Writing, and Criticism, MIT Press, 2021 ; Diana Mistreanu et Andrei Lazar (dir.), Nouvelles formes et pratiques de l’écriture de soi : l’autothéorie et la transbiographie, Revue Studia Universitatus, Babes-Bolyai, vol. 70, n° 1, mars 2025 ; Alex Brostoff et Vilashini Cooppan (dir.), Autotheories, MIT Press, 2025). En outre, bien que l’autothéorie constitue, au sein du champ théorique, une force de déstabilisation des certitudes établies, un nombre significatif de ses auteur.ices est issu du milieu académique.

Il s’agira dès lors d’interroger les conditions d’apparition de ce qui peut être envisagé comme un « moment » autothéorique dans les débats théoriques et artistiques contemporains, entre la France, le Canada et les États-Unis. Sans sous-estimer les résistances suscitées par le scepticisme à l’égard d’une recherche explicitement située, assumant son ancrage dans le récit de l’expérience personnelle, on analysera la constitution d’un écosystème partiellement favorable, fondé sur l’interaction de quatre sphères : celle de la recherche (notamment à travers l’essor et la reconnaissance de la recherche-création), celle de la création artistique (marquée par la place croissante accordée à la réflexivité théorique dans les formations de master en art), celle de l’édition (avec l’émergence de nouvelles collections accueillant des œuvres autothéoriques), et celle de l’enseignement supérieur (où se développent de nouvelles sensibilités au sein du public étudiant).

On s’interrogera ainsi sur la part des institutions dans l’affirmation des œuvres autothéoriques, voire dans leur processus même de production. Au-delà de cette fonction d’incitation, il s’agira également d’examiner les formes de réception institutionnelle de l’autothéorie. Telles sont les questions que ce travail se propose d’explorer. 

 

PROGRAMME

14h30 Introduction par Maryline Heck (Université de Tours, en délégation à THALIM), Aude Leblond (Université Sorbonne Nouvelle) et Nancy Murzilli (Université Paris 8) : « Le moment autothéorique ? Engouements et résistances institutionnels »

Première partie : L’autothéorie dans le champ académique

14h45 Géraldine Gourbe (École supérieure d’art et de design Tours Angers Le Mans), « Que sont devenus les enfants perdus de la lettre ? Situations pédagogiques à l’ère néofasciste »
15h15 François Aubart (Beaux-Arts de Cergy-Pontoise), « Comment des artistes et des réalisateurices ont modifié ma façon de voir Madame Bovary »

15h45 Lionel Ruffel (Université Paris 8), « Le moment autothéorique et l’ère du programme »

16h30 Pause café

Deuxième partie : L’autothéorie dans le champ éditorial

16h45 Table ronde modérée par Jérôme David (Université de Genève), avec Christine Marcandier (Université Aix-Marseille, directrice de « La librairie du XXIe siècle aux éditions du Seuil) et Damien de Blic (Université Paris 8, directeur des Presses Universitaires de Vincennes).

17h45 Conclusions par Maryline Heck, Aude Leblond et Nancy Murzilli 

 

Cette journée, organisée en collaboration avec Aude Leblond et le soutien des équipes de recherche Thalim et Fablitt, est la troisième étape d’un programme de recherche autour de l’autothéorie conduit par le groupe ATLAS (Autothéorie : Textes, Lieux, Affects, Savoirs), animé par Maryline Heck et Nancy Murzilli.